Sifflets

Plutôt jouets que véritables instruments de musique, des sifflets de toutes sortes ont été trouvés lors de fouilles archéologiques, dans toute l'Europe, et dans des contextes pouvant remonter au Paléolithique. Les sifflets médiévaux sont généralement à biseau et sont fabriqués en céramique, en bois, ou en os, et peuvent être de forme simple ou, parfois, représenter des personnages ou des animaux.

(sifflet en forme de cavalier modelé par la Poterie des Grands Bois d'après un sifflet flamand du XIIIe siècle - sifflet simple réalisé par Parchemins et par Pots d'après une pièce de fouille normande trouvée dans un contexte des XIIIe-XVe siècles)

 

Sifflets à eau

Certains sifflets, de forme globulaire, ne fonctionnent que si leurs corps est rempli d'eau, ce qui permet de produire des sons plus modulés. Ces sifflets à eau, fabriqués en céramique (souvent glaçurée), représentent généralement des animaux ou des figures anthropomorphiques. Ils sont en usage dès le XIIIe siècle au moins.

(sifflets à eau reproduits par la Poterie des Grands Bois à partir de pièces de fouilles des XIIIe-XVIe siècles)

 

Appeau

Des types de sifflets plus élaborés que les précédents ont été employés pour faciliter la tâche des chasseurs en attirant certaines espèces d'oiseaux. Il est ainsi probable qu'un appeau mis au jour en 2009 lors des recherches archéologiques menées à Charavines-Colletière dans le lac de Paladru (Isère) et daté du XIe siècle était destiné à imiter les cris de plusieurs espèces de canards siffleurs.

(appeau en bois et laiton reproduit par Jeff Barbe d'après le modèle trouvé à Charavines – XIe siècle)

 

Flûtes

La flûte compte parmi les plus vieux instruments du monde, puisqu'elle existe depuis le Paléolithique. Très utilisée à l'époque médiévale, elle est régulièrement représentée dans l'iconographie romane puis gothique, mais également mentionnée dans les textes à partir du XIIe siècle ; on connait également au moins quatre flûtes du XIVe siècle exhumées lors de fouilles archéologiques en Allemagne, au Pays-Bas et en Estonie, toutes faites en bois. Il semble d'ailleurs que les flûtes médiévales étaient le plus souvent faites en bois, même si l'on a retrouvé de petites flûtes en os et si les textes mentionnent le roseau, voire le métal.

(flûtes en sureau réalisées par Jeff Barbe)

(flûte en os fabriquée par Jean-Daniel Talma)

Il est possible que des flûtes aient également été fabriquées en corne à la fin du Moyen Age, mais il n'y a pas de certitude concernant l'usage de ce type de flûte (appelé « gemshorn » en allemand) avant les premières années du XVIe siècle.

(flûte de corne réalisée par Jean-Daniel Talma)

 

Flûte double

Afin d'étoffer le son produit par une flûte, il est possible de jouer d'une seconde flûte en même temps. Le plus souvent, la seconde flûte sert de « bourdon », c'est-à-dire qu'elle n'émet qu'une seule note correspondant généralement (mais pas forcément) à la tonalité de la mélodie jouée sur la première. Pour l'époque médiévale, les représentations de flûtes ainsi jouées par deux couvrent les XIIIe, XIVe et XVe siècles.

(flûte double en roseau réalisée par Jeff Barbe)

 

Flûte à trois trous

Parfois appelé « flageolet », ce type de flûte se joue avec une seule main, ce qui permet de jouer d'une percussion de l'autre, généralement d'un petit tambour circulaire, ce que l'iconographie atteste dès le XIIe siècle, mais aussi parfois d'une cloche à main, ce qui s'observe sur de nombreuses enluminures du XIIIe siècle. Les sources textuelles et archéologiques permettent de préciser que ces flûtes étaient fabriquées en bois, en os et en roseau, voire en métal (qui ne concernait peut-être qu'un placage).

(flûte à trois trous en roseau fabriquée par Jeff Barbe)

(flûte à trois trous en os de chevreuil réalisée par Jean-Daniel Talma)

 

Flûte harmonique

Ce type de flûte ne comporte aucun trou de jeu pour les doigts ; les différentes notes sont obtenues par modulation du souffle et par bouchage ou non du l'extrémité de la flûte par un doigt ou par la main. Lionel Dieu a identifié plusieurs modèles de flûtes harmoniques (droites ou traversières) dans la sculpture romane qu'il a étudiée.

(flûte harmonique – fabrication inconnue)

Flûte traversière

Souvent qualifiée de « traversaine » dans les textes qui la mentionnent, elle est également parfois surnommée « flûte d'Allemagne » ou « flûte de Bohême ». En Europe occidentale, on en retrouve quelques représentations dès la deuxième moitié du XIIe siècle, mais il semble que l'instrument se diffuse surtout au cours du XIIIe siècle, plus particulièrement dans l'aire germanique.

(flûtes traversières en sureau avec bagues en corne réalisées par Jean-Daniel Talma)

 

Frestel

Nom médiéval de la flûte de Pan, le frestel est très présent dans la statuaire romane (XIe-XIIe siècles), mais figure également dans les représentations iconographiques des siècles suivants. Les images semblent montrer un instrument monoxyle, fait d'une pièce de bois, ce que confirme un exemplaire viking trouvé à York en buis. D'autres exemplaires en céramique ont été découverts en Allemagne et au Pays-Bas, et l'iconographie fait parfois apparaître des frestels vraisemblablement fabriqués en tubes de roseau accolés. Sur plusieurs enluminures et sculptures du XIIe siècle, il apparaît joué d'une main, tandis que l'autre agite une cloche en guise de percussion.

(frestel en merisier reproduit par Jeff Barbe d'après une enluminure artésienne de la fin du XIIe siècle)

 

Cors, cornes d'appel

Omniprésents dans l'iconographie des XIe-XIIIe siècles et encore couramment représentés durant les siècles suivants, les « cors », « cornes » ou « olifants » sont des instruments de signal utilisés pour la chasse, la surveillance des châteaux, ou encore sur les champs de bataille. Les dimensions et les formes sont variées, de même que les matériaux de fabrication employés : céramique (de nombreux tessons de trompes médiévales sont régulièrement mis au jour par les archéologues), corne de bovidés (d'où le nom de « corne »), défense d'éléphant (on emploie alors le terme d' « olifant »), et même bois ou feuille de métal.

(corne de vache ; cor en céramique glaçurée réalisé par un potier allemand d'après une pièce de fouille – XIVe siècle)

 

Cornet à bouquin

Le cornet est une évolution du cor, dans lequel ont été percés des trous de jeu afin de pouvoir obtenir une plus grande variété de notes. L'iconographie montre des cors percés de trous de jeu depuis l'époque carolingienne, et la pièce archéologique la plus ancienne retrouvée date du XIIIe siècle. D'après Serge Delmas, c'est également au XIIIe siècle que sont apparus les cornets faits de deux pièces de bois ou d'ivoire et recouverts de cuir, semblables au modèle que je possède, copie d'un instrument du XVIe siècle.

(cornet à bouquin reproduit d'après des modèles du XVIe siècle)

 

Busine, trompe

Bien que le terme de « buisine » dérive peut-être du « buccin » romain, cet instrument de signal semble être tombé en désuétude durant les premiers siècles du Moyen Age occidental. Il réapparait dans l'iconographie au XIIIe siècle, le plus souvent entre les mains de hérauts, de gardes de châteaux, ou d'anges. Les sources textuelles et iconographiques ainsi que les rares objets découverts en fouille permettent d'imaginer que les buisines étaient essentiellement faite en métal.

(buisine en alliage cuivreux argenté – instrument indien)

 

Muses, chalumeaux

« Muses », « chalemels », « chalumeaux » ou encore « pipe » sont des instruments à perce cylindrique munis d'une anche simple, consistant en une lamelle de roseau (le mot latin « calamus », signifiant « roseau », est vraisemblablement à l'origine du mot « chalemel ») qui vibre dans la bouche ou dans une embouchure. Connus depuis l'Antiquité, ces instruments semblent en usage durant tout le Moyen Age (ou au plus tard à partir du VIIIe siècle). Les plus simples sont constitués d'un tube de roseau ou de bois sur lequel est fixé l'anche, mais de nombreuses représentations montrent des instruments plus élaborés : un pavillon en corne est souvent rajouté à l'extrémité du corps de la muse pour en amplifier le son (on parle alors parfois de « musacorne »). La corne peut également être utilisée sous la forme d'une large embouchure qui permet de ne pas avoir l'anche dans la bouche ; des coloquintes sont également parfois employées dans le même but.

(muse simple en roseau – instrument crétois ; « musacorne » en bois et corne – instrument roumain modifié pour évoquer la muse de Pouzauges – XIIIe siècle)

 

Muse double

De même que les flûtes peuvent être jouées par deux, les muses ont souvent été doublées pour en enrichir le son. Dans ce cas, les modifications apportées sur les muses simples paraissent encore plus fréquemment utilisées, notamment le fait d'enfermer les anches dans une embouchure en corne ou en coloquinte pour faciliter le jeu. Ces muses doubles peuvent avoir un corps unique taillé dans un seul morceau de bois, comme le prouve la célèbre double muse du XIe siècle découverte à Charavines (38).

(muse double à coloquinte – instrument indien)

 

Chalemel, chalemie

Bien que le terme de « chalemie » ne soit pas attesté pour le Moyen Age qui préfère ceux de « chalemel » ou « chalumeau », il est communément utilisé pour désigner cet ancêtre des hautbois modernes. Instrument à perce conique, la « chalemie » est munie d'une anche double, sans doute au départ formée de roseau écrasé comme c'est encore le cas sur les zurnas turques. Le son produit est (normalement !) plus puissant que celui des chalumeaux à anche simple. L'iconographie atteste de la présence de cet instrument en Europe occidentale à partir du XIIIe siècle ; il est alors fabriqué en bois, généralement en une seule pièce.

(hautbois du Languedoc en buis et en corne fabriqué par Bruno Salenson)

 

Cornemuse

L'origine de cet instrument est mal connue, et les sources souvent imprécises amènent les auteurs à des conclusions contradictoires. Les sources iconographiques prouvent en tous les cas que ce type d'instrument est déjà bien implanté en Europe occidentale au début du XIIIe siècle. Pour faciliter le jeu des instruments munis d'anches, on a enfermé ces dernières dans un sac constituant une réserve d'air qui permet de jouer en continu sans avoir besoin de maitriser la technique de la respiration circulaire. Les premières cornemuses sont à anche simple, et elles ont rapidement été munies d'un bourdon (chalumeau secondaire émettant toujours la même note), à anche simple également, permettant d'en étoffer le son. Lorsque les anches doubles sont arrivées en Europe, elles ont naturellement été utilisées pour fabriquer des cornemuses, en tous cas pour le chalumeau mélodique, le bourdon étant a priori toujours à anche simple. La morphologie des cornemuses se diversifie dès le XIIIe siècle, période où l'on trouve une multitude de « cornemuses », « chevrettes » ou « muses », à anches simples ou doubles, avec ou sans bourdon(s), voire avec plusieurs bourdons. Le bourdon d'épaule apparaît d'ailleurs au XIIIe siècle dans l'iconographie française et espagnole, même s'il ne se diffusera réellement qu'au cours du siècle suivant. Cet instrument va toutefois garder dans l'esprit de certains clercs une connotation négative relativement longtemps.

(cornemuse à anche double et à un bourdon d'épaule - gaïta de Cesc Sans, facteur d'instruments espagnol)

 

Rhombe

Le rhombe est une sorte d'instrument vrombissant connu depuis la Préhistoire. Plusieurs modèles des XIe-XIIIe siècles en métatarses ou métacarpe de porcs ont été mis au jour en Europe (notamment à Saint-Denis) : ces os sont percés en leur milieu pour laisser passer un long anneau de ficelle que l'on enroule et déroule rapidement pour émettre un léger vrombissement. Peut-être s'agissait-il de simples jouets.

(rhombe en os de porc reproduit par Bikkel en Been)

 

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